Dimanche 26 avril 2009
Delhi
Des années durant – aussi loin que je puisse me souvenir en fait – je fermais les yeux et me refugiais dans l’arrière-monde. Cet univers pétri de mes désirs, où je revivais le passé et dessinais de beaux lendemains, à ma guise. Des années durant je fermais les yeux et rêvais une autre vie, une vie autre. Ici, immobile, jambes croisées, le corps grandi, je ferme les yeux et tente de mieux appréhender la vie, cette vie-ci, telle qu’elle est, sans arrangements ni fioritures. Pour en ressentir toute la singularité, comme son universalité, la beauté et la force. Pas par la pensée, surtout pas. Il n’est pas aisé de se déconditionner ainsi ; j’ai de longues années de pratique devant moi encore !! :)
Je suis venue à Rishikesh rejoindre Akhilesh, mon professeur de yoga de Goa, pour une retraite de dix jours en ashram. Mon séjour au ashram de Neyar Dam m‘avait laissée sur ma faim. Il y manquait, à mes yeux, une chose essentielle : la joie. Aucun sourire sur les lèvres des swamijis et assistants ou comme contraint ; aucune lumière dans leurs yeux. Je suis venue à Rishikesh retrouver l’amour ressenti à Goa. Et c’est ce que j’y ai trouvé, sous une autre forme. Le fait de vivre en ashram a bien entendu un impact sur l’environnement ; ici point d’embrassades à tour de bras, adieu l’ambiance flower power. :) Ce serait bien trop mal interprété ! LOL :) Mais c’était tout plein d’amour et de douceur de vivre. Nous avons bien travaillé et le fait d’être un petit groupe stable de 8/9 personnes a permis un travail en profondeur (du point de vue physique comme de la méditation), une belle énergie croissante. Le Vedanta m’intéresse de plus en plus et m’indique un chemin que j’ai bien envie d’explorer, à mon rythme. :)
Presque personne dans l’ashram, situé en face de celui des Beatles, dont j’aperçois tous les jours les petites huttes. Qui sait ce qui a bien pu se produire là-bas ?! (l ‘enregistrement du « White Album », ca c’est officiel au moins ! ;)) Nous sommes au bord du Gange. Ici Ganga Ma coule avec plus de force, elle est claire et vive, elle serpente à travers les montagnes. Tous les jours elle accompagne de sa musique les cours, c’est magique. Et tous les matins, à 7h30, je sors de la première séance de méditation de la journée, et me dirige vers elle. Le soleil surgit derrière la montagne. Bonjour le soleil, bonjour le vent, bonjour la pluie, bonjour les oiseaux, namaskar Ganga Ma, bonjour les pierres, bonjour les arbres. Une nouvelle belle journée qui commence. Merci la vie. Ma prière quotidienne :)
Rishikesh, que dire encore ? Jamais vu autant de sâdhus au mètre carré ! Je crois bien que le record de Bénarès est pulvérisé ! (mais si souvenez-vous, les sâdhus, hommes saints, errants, en orange ou pas, avec ou sans trident... mmm, on voit qui me lit et qui pas ! :)) et Rishikesh c’est vraiment la capitale du yoga, comme c’est tout bien écrit dans le Lonely Planet. Du coup c’est passablement touristique, comme j’aime pas. Mais nous sommes bien loin de tout cela, alors... :) Deux moments inoubliables.
La Ganga aarti du Permath Niketan ashram. Cérémonie pour rendre hommage à Ganga Ma. Ici aussi, comme à Bénarès, des musiciens live, des voix, des chants magnifiques, des enfants aussi, les mêmes tous les jours, en tenues colorées, yeux fermés ; des brahmanes, des swamijis aussi, mais contrairement à Bénarès, le feu sacré est distribué parmi la foule, pour que ce soit elle qui effectue le rituel. Je me retrouve avec un plateau entre les mains, face au Gange ; Om Jai Ganga Mata. Et puis un gigantesque Shiva, en position de méditation, qui nous fait face et nous indique avec son sourire serein la voie. (Ganga est descendue des cieux en coulant dans la chevelure dénouée de Shiva, préservant ainsi la terre de la destruction). Dans cet ashram, malgré la foule, il règne une ambiance toute intime, recueillie et sincère. Il est 19h, le soleil va dormir derrière la montagne, la lumière est magnifique et moi j’ai les yeux tous humides :)
Autre moment qui restera dans mon cœur : pantalon et t-shirt, je m’immerge dans les eaux glacées du Gange !! :) Quelle joie !!!! J’étais toute euphorique ! C’est par la suite devenue une « habitude », je m’y suis baignée quotidiennement, and so far, rien à signaler ! Je ne suis toujours pas bleue, pas de nouvelle paire de bras qui a poussé ; et le troisième œil est toujours fermé ! hmmm, quoi que ??? :) Nevermind, j’ai adoré !! Yes yes yes, me suis baignée dans le Gange !!!
Maintenant je me trouve à Delhi (que je quitte ce soir), sa chaleur (43 degrés a l’ombre !), sa pollution et sa folie. Une semaine que je suis ici, trop rien fait. La chaleur inhibe la touriste en moi et puis j’ai été pas mal occupée (sans rien faire ! LOL :)) J’ai obtenu l’extension de mon visa !! Ce qui ne se fait pas pour les visas touristiques en principe, uniquement en cas de perte ou de vol du passeport, ce qui n’est heureusement pas mon cas. Le type m’a dit non à trois reprises d’ailleurs. Mais j’avais de bons arguments et puis mon étoile à mes cotés. Merci toi ! :) Pas la peine donc de partir au Népal, je suis soulagée, aucune envie de perdre de l’argent et, surtout, un temps précieux. Dans un mois, jour pour jour, je serai en France (inch’Shiva). Dans un mois, jour pour jour, ce sera la fin de mon errance sur les routes indiennes, du rêve de mon adolescence. Mes sentiments sont forts et mélangés. A Delhi une certaine fatigue et lassitude ont pu me gagner. Je suis fatiguée d’être sur le qui vive ; je ne suis pas trop parano, plutôt confiante et ouverte en fait, mais une vigilance est toujours là, en arrière fond, pour me prévenir des entourloupes, légères pour la plupart. Pas bien grave tout cela, mais usant, au bout de cinq mois.
Et puis l’Inde, qu’on le veuille ou non, est intrusive. Elle ne laisse pas indifférent, neutre. Il n’est pas obligé d’en nourrir des extrêmes, de la vénérer, ni de la haïr. Mais elle ne se laisse pas oublier ainsi ; elle surgira, plus tard, sous une forme ou une autre. Alors moi qui lui ouvre grand les bras et qui tente de l’appréhender sous autant de formes qu’il m’est donné de rencontrer, qui la cherche dans ses auteurs, sa philosophie, dans le regard et le sourire des ses habitants, dans ses odeurs, couleurs et sons, dans sa danse, comme dans sa musique, dans ses spiritualités, sa violence, son chaos, comme ses enfants... ben ca fait pas mal de choses à assimiler disons.. Mais je me sens de taille (ô ego !!) . LOL :) Je l’aime, et elle me le rend bien. Je m’y sens belle et heureuse :) (et dépitée, triste, fatiguée, énervée et et et... :)))) LOL
Et puis il est des moments, comme l’autre jour, où je regarde la rue, ses bruits, son trafic, sa folie (c'est pas très zen Delhi) et je ressens tellement d'amour que j'en ai les larmes aux yeux…
voila.
Quoi encore ? J’ai été plusieurs fois au ciné et décidément j’adore !!! Quel plaisir de voir Sharukh en tenue de Keenu Reeves dans une parodie de « Matrix » et d’entendre la salle littéralement rugir à son apparition sur l’écran ! LOL :) Dernier film en date : « Slumdog Crorepatie » comme on dit ici. A ceux qui ne l’ont toujours pas vu, essayez de ne pas le rater, c’est tellement ca ! (conte de fée en moins). J’étais toute excitée après sur mon cyclo-rickshaw en roulant à travers les rues de Bénarès. :)
Ah et à Bénarès, j’y ai rencontré ma première girlfriend ! Il m’aura fallu 6 mois dans ce pays pour avoir une copine ! Nikki c’est son prénom, 19 ans, m’a ouvert grand les portes de sa maison. J’y ai passé plusieurs soirées. Ca m’a laissée perplexe. Son père est militant et se présente aux élections sur les listes du BJP, le parti extrémiste hindou. Alors pourquoi m’accueillir ? J’ai aussi appris en Inde à ne pas parler politique.
Dernière chose : j’écris toujours sur papier, au grés de mon inspiration et des sentiments. Souvent sous le coup d’émotions fortes, que je désire partager. Ainsi pour Bénarès vous avez du avoir le sentiment que je détestais cette ville, ce qui n’est pas le cas, au contraire (mais la rencontre a été, hmm, percutante). Ainsi pour le texte intitulé « Aporie ». Ces émotions, ces sentiments, je les accepte pleinement. Il ne faut pas confondre cette attitude avec de la résignation, ce n’est pas du tout cela. On se méprend trop souvent sur ce sentiment indien d’acceptation. On croit que c’est du fatalisme, alors qu’il n’en est rien en réalité. J’observe ce qui se passe en moi (comme à Delhi où mon cœur m’a, à nouveau, joué des tours...) accueille ces émotions, les ressens pleinement, et les accepte. Et ce faisant, dénoue les liens. :)
Un océan d’amour à tous
Je vais être bien heureuse de vous serrer dans mes bras :)
PS : Ce soir je pars pour le Bihar, état à l’est du pays, connu pour sa pauvreté et ses bandits de toutes sortes. Autant dire que les touristes n’y sont pas légion. J’y rejoins mon copain Uday, Bihari qui vit à Londres, et que j’ai rencontré à Goa en décembre ; ainsi que sa femme britannique (ouf !) et toute sa famille. On part pour son village natal célébrer le mariage d’une de ces nièces (il est revenu en Inde exprès). « It’s gonna be a life experience Helena, get ready... » Me voila prévenue sur la folie à venir. :) Hier il m’a appelée pour me demander de quelle couleur je voulais mon sari !!! (« hot pink », c’était ma réponse ! LOL :)) Et puis après nous devrions passer par Lucknow rencontrer une femme sainte. Ca promet !! Me demande ce qui m’attend de nouveau ! Suis excitée comme une puce ! :)
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